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Dimanche 30 avril 2006 7 30 /04 /Avr /2006 17:38
- Par Daniela Brzeski - Publié dans : interventions-fr
Intervention le 22 mai à Paris (voir programme)

Voici quelques thèmes que nous aborderons lors de cette présentation.

La prématurité versus la naissance à terme ou le temps « inversé »…

Pendant la grossesse : lorsqu'au lieu de se réjouir on s'inquiète, lorsqu’au lieu de passer vite le temps passe trop lentement.

Pendant l'accouchement : lorsqu’au lieu de vouloir accoucher on cherche à tout prix à ne pas le faire.

Après l'accouchement : lorsqu'au lieu de rentrer chez soi, on prolonge un séjour à l'hôpital durant des semaines ou des mois…

Telles sont les caractéristiques du temps lors d'une naissance prématurée. Nous les aborderons au travers de témoignages.

Daniela Brzeski


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Samedi 29 avril 2006 6 29 /04 /Avr /2006 12:00
- Par Willy Belhassen - Publié dans : interventions-fr
Intervention le 18 mai à Paris (voir programme)

Quel est donc le « temps » d’un accouchement ?

Que savons-nous de ce temps dans la physiologie ?

Pourquoi, dans la structure classique, sur un plateau technique ou encore à domicile, ce temps qui devrait pouvoir être respecté à chaque fois, ne l’est absolument pas de la même manière ?

Qui est le plus pressé : la future mère, le futur père, le bébé, le praticien, la société ?

Autant d’interrogations que je vais tenter d’ éclaircir, en partie, avec vous…

Merci de votre future présence…

Willy Belhassen
Sage-femme
Paris


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Vendredi 28 avril 2006 5 28 /04 /Avr /2006 11:01
- Par Albert Goldberg - Publié dans : interventions-fr
Intervention le 18 mai à Paris (voir programme)

Le rôle paternel est sous-estimé en périnatalité. L’accompagnement haptonomique permet aux pères qui le souhaitent de prendre leur place aux différents temps de la grossesse, du travail et de l’accueil du bébé.

L’obstétricien est alors au service d'un projet parental aliant sécurité médicale et sécurisation affective.

Albert Goldberg
Gynécologue-obstétricien
Président du GRENN


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Mercredi 26 avril 2006 3 26 /04 /Avr /2006 18:14
- Par Danielle Rapoport - Publié dans : interventions-fr
Intervention à la Semaine mondiale pour l’accouchement respecté (SMAR 2006), le 23 mai 2006, dans le cadre de l’exposition « Naissances » au Musée de l’Homme, Paris

Danielle Rapoport, psychologue
Association « Bien-traitance, formation et recherches »

Si la prématurité est devenu un phénomène familier dans notre société en raison de sa fréquence et de sa médiatisation, la post-maturité reste peu abordée et garde une part importante de mystère. Être en terme dépassé est reconnu comme dangereux pour ce bébé attendu qui se fait attendre, mais les progrès techniques du déclenchement de la naissance en ont atténué les conséquences, et ont modifié le ressenti même du dépassement de dates, considérablement réduit par rapport à la fréquence de 5% d’il y a une quinzaine d’années.

Mais par-delà l’urgence médicale que nous allons évoquer, car il n’est pas question ici de la nier ou de l’ignorer, savons-nous entendre que, au-delà du déclenchement, le dépassement du temps peut avoir de multiples résonances, voire même des causes psychologiques ? Celles-ci sont d’autant plus complexes que les intérêts en jeu sont souvent contradictoires, selon qu’il s’agisse de la mère, du père, du bébé et des professionnels particulièrement concernés.

Comprendre ici qui est en fait « dépassé » par le temps, ce qui le suspend et retient l’accouchement ou la naissance, permet parfois bien d’autres réponses que le déclenchement lui-même. En témoigne la cicatrice d’un bec de lièvre sur la bouche de Michèle, maman de deux enfants nés post-maturément, ou le petit tombeau d’une sœur aînée pour Noémie, qui avait occulté une première grossesse et retenu la naissance de son deuxième enfant.

La post-maturité : la nécessaire attention médicale, l’indication d’un déclenchement

Le nouveau-né post-mature étonne la maman et son entourage. Sa peau est pâle, craquelée, desquamante et sans vernix. Elle peut même présenter une coloration verdâtre par une imprégnation méconiale, et elle apparaît avec une couche adipeuse sous-cutanée réduite. Les ongles et les cheveux sont longs. En l'absence de pathologie neurologique grave, le bébé garde les yeux grands ouverts et ce regard, très éveillé pour ses proches, témoigne de la maturation avancée de sa vigilance.

Mais pour un enfant qui risque de naître après 42 semaines d’aménorrhée, les non professionnels et les parents ignorent souvent que non seulement ce ne sera pas un gros bébé, mais que l’hypotrophie est souvent associée à la post-maturité. En effet, la prolongation de la grossesse entraîne une réduction du gain pondéral en raison d’une insuffisance placentaire, et donc d’une baisse du TaO2 placento-foetal et d’une diminution des apports nutritifs. On sait que la souffrance fœtale aiguë qui s’ensuit peut aboutir à une mort in-utéro ou à une ischémie-anoxie néonatale sévère par insuffisance placentaire, voire par inhalation méconiale. On connaît les conséquences neurologiques de cette hypotrophie et du défaut de réserves constituées en fin de grossesse, donnant une hypoglycémie néonatale précoce. Par contre, l’étiologie elle-même de la post-maturité reste encore dans une large mesure une inconnue.

Les difficultés anté- et néo-natales qui, pour toutes ces causes, sont souvent associées à la post-maturité, peuvent nécessiter une réanimation adaptée en salle de naissance reposant sur une étroite collaboration obstétrico-pédiatrique. On doit rappeler ici que différentes pathologies peuvent s'associer à la post-maturité, certaines entraînant un diagnostic réservé et des séquelles pulmonaires et neurologiques, et que la mortalité périnatale est deux fois plus élevée que pour l'enfant à terme, — quatre fois plus élevée si le nouveau-né souffre d’hypotrophie.

Aussi se doit-on de prévenir la post-maturité par un diagnostic précis du terme en début de grossesse et par la surveillance étroite de la fin de la grossesse, afin de porter à temps les indications d'un déclenchement de l'accouchement ou d’une césarienne s'il existe une menace vitale.

Mais la postmaturité ne nécessite-t-elle pas aussi une réflexion faisant intervenir la dimension psychologique et émotionnelle profondément associée à toute « attente » d’un enfant, à toute grossesse, et inhérente à tout accouchement ? Et savons-nous alors l’écouter ?

Un bec de lièvre bien « cicatrisé » ?

Les parents de Jacques, 9 ans et de Bernard, 7 ans sont venus me consulter pour des troubles importants du comportement de leur aîné qui commencent à retentir sur son cadet, jusqu’ici sans problèmes : Jacques est très agité à la maison, ne tient pas en place à l’école et perturbe la classe, et Bernard, jusqu’ici dominé et réservé, entre en conflits perpétuels avec lui. Les résultats scolaires de Jacques pâtissent de son manque de concentration et du rejet de ses enseignants, et se pose alors la question d’un changement d’école avec redoublement. Or ses parents ont l’impression qu’un redoublement ne servirait à rien…

Effectivement, l’examen psychologique de cet enfant témoigne de son efficience intellectuelle largement adaptée à la classe supérieure, comme l’ensemble de ses acquisitions. Mais depuis quand remontent ses difficultés ? Pourquoi est-il né post-mature ? Pourquoi a-t-il donné, dès le début de la conquête de son autonomie, l’impression « d’enfoncer constamment des portes ouvertes » ou « d’aller se cogner la tête contre les murs », pour reprendre les expressions de ses parents ? L’accouchement de Bernard, dont le terme commençait à être dépassé, avait été, lui déclenché, mais pourquoi la maman prétextait-elle sa grossesse en cours pour ne pas commencer à organiser les aides dont Jacques avait manifestement tant besoin ?

Madame M. me montre alors une minuscule cicatrice qui prolonge le trait de sa lèvre supérieure. Elle me dit attendre une petite fille, et que tant qu’elle ne sera pas née, qu’elle ne l’aura pas vue, quels que soient les résultats des échographies, ce sera comme pour ses deux garçons : elle aura peur d’un bec de lièvre, de celui qui avait fait hurler de terreur sa propre maman lors de sa naissance…Elle croit par moments entendre encore le cri de sa mère, — celui qu’elle lui avait raconté…Elle ne peut pas être disponible pour Jacques, et cette grossesse, malgré l’attente d’une petite fille pourtant si désirée, est un cauchemar : elle ne supporte plus rien, elle a l’impression qu’elle ne pourra pas accoucher, elle se prépare à un déclenchement programmé « pour s’en débarrasser »…

Le père de Jacques se propose aussitôt de participer aux démarches nécessaires pour que son petit garçon soit aidé. Mais comment en rester là pour Madame M. ? Nous la reverrons seule, à sa demande, puis à nouveau avec son mari : l’équipe de la maternité qui la suit n’était pas au courant de ses souffrances psychologiques et ils acceptent que je me mette en relation avec elle pour que s’organise un autre accompagnement, et au moment des échographies, « une autre écoute des ultra-sons »* ! Parallèlement, le couple parental va se préparer « autrement » à cette naissance… Sonia naîtra naturellement, trois jours avant terme….

Une petite tombe à l’œuvre

Peu de temps avant l’élargissement de « L’Opération Pouponnières » à « La bien-traitance institutionnelle, de l’aube de la vie à l’âge de raison »*, un Juge des enfants nous contacte ainsi que le Docteur Anne Roubergue* pour nous demander d’accompagner la sortie de pouponnière d’un petit garçon de 10 mois, et de le suivre avec ses parents qui en sont séparés depuis sa naissance. En effet, la maman d’Olivier a vécu pour lui ce qu’on appelle un déni de grossesse. Elle a accouché seule au domicile, en l’absence de son compagnon alors souvent en voyage au début de sa carrière. Elle refuse ce bébé, se traîne avec lui dans l’escalier de son immeuble, l’abandonne sur un palier, parvient elle-même au dehors, où elle s’effondre, inanimée. Le bébé fera un court séjour en réanimation néonatale pour être accueilli dans une pouponnière sanitaire et sociale qui a justement collaboré à « L’Opération Pouponnières ». Ils vont aider les parents à entrer, justement, dans la parentalité, à devenir très progressivement des partenaires actifs du développement d’Olivier. Le suivi psychiatrique, puis psychothérapique de sa maman va aider cette très jeune femme à comprendre ce qui lui est arrivé, à ne pas être totalement submergée par la culpabilité, à s’occuper de son bébé.

A la sortie d’Olivier de la pouponnière, les deux parents vont venir à notre consultation jumelée, — psychologue-neuropédiatre —, très régulièrement. Nous allons tenter d’approfondir en amont, de comprendre, bien au-delà de ces événements dramatiques, leurs origines pour qu’ils perdent le poids de la tragédie. Nous remonterons ainsi jusqu’à la propre gestation de la maman d’Olivier, dans le ventre d’une maman très malade, accrochée viscéralement à la tombe d’une petite fille qu’elle venait de perdre, pour terminer enfin cette grossesse de remplacement totalement immobilisée dans une chambre d’hôpital. Nous saurons que, dès sa naissance, la maman d’Olivier restera longtemps aussi « une enfant de remplacement ».

Olivier va bien grandir, avec des parents de plus en plus épanouis et nos consultations s’espacent. Mais ils vont bientôt attendre un deuxième enfant, et elle me demande de l’aider… Elle craint la réactualisation de sa première grossesse, qui s’est déroulée comme à « son insu ». Des moments très pénibles lui reviennent ; elle pense aussi à ce qu’a vécu sa propre maman, se rapproche beaucoup d’elle et retourne elle aussi sur la tombe de ce qu’elle nomme « sa petite sœur », — son aînée pourtant, mais inconnue…

Lorsque le moment d’accoucher arrive, le travail s’arrête. Deux fois, ils vont « en catastrophe » à la maternité, qui ignore tout des antécédents de la mère et la renvoie à son domicile, heureusement tout proche. Elle a l’impression qu’ils la rejettent, qu’elle va mourir, que son bébé va mourir. Elle sait que si cela se reproduit, le terme sera dépassé, qu’« ils vont devoir faire un déclenchement, peut-être une césarienne ». Elle en est terrorisée, elle veut « vivre une vraie naissance ». Je lui propose alors de parler moi-même avec la sage-femme, et qu’ils me dégagent de tout secret professionnel, ce qu’ils acceptent avec soulagement. Les contractions reprennent…

C’est sur le perron de la maternité qu’ils seront attendus, que la maman d’Olivier sera accueillie et soutenue. L’accouchement sera rapide et simple. Leur bébé aura déjà plusieurs heures lorsque j’irai les rejoindre.

Le terme était dépassé… mais qui était en fait « dépassé » par le terme ?

Pour une autre écoute de la post-maturité

En 1980, il y a plus de vingt cinq ans, le Dr Roger BESSIS, avec un certain nombre d’autres de ses collègues, allait modifier la formation initiale des futurs échographistes, introduisant alors une sensibilisation à l’impact psychologique de l’échographie sur les parents, et de ce qui leur en était dit. De la lecture de l’image envoyée par les ultra-sons, de l’information issue de leur interprétation, on passait au dialogue.

On pourrait reprendre tous les écrits de cette période* pour les appliquer à une autre écoute de ce temps dépassé. Elle permettrait dans bien des cas d’ouvrir les possibilités d’une naissance naturelle, d’engager une réflexion et des recherches en ce sens, et si le danger vital reste prioritaire, de donner un autre sens au déclenchement lorsqu’il ne peut être évité….


* Pour retrouver toute information bibliographique sur cette conférence, on peut se référer au livre récent de Danielle Rapoport : « La bien-traitance envers l’enfant : des racines et des ailes » (Ed. Belin, 2006), et en particulier au chapitre 2 intitulé justement En passant par la maternité : première rencontre avec la bien-traitance ?.
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Mardi 25 avril 2006 2 25 /04 /Avr /2006 15:42
- Par Bernard Bel - Publié dans : interventions-fr
Le 15 mai, Centre Julien, 33, cours Julien, 19h00-20h30

La « temporalisation » de la naissance débute à l’annonce de la grossesse, avec le calcul du « terme » et la mise en route d’un programme de surveillance : visites, dépistages, échographies. Puis le déclenchement artificiel, pour 20 % des femmes en France… Le plus souvent sans indication médicale ni information sur les risques, parfois même à l’insu de la femme enceinte (décollement des membranes) et, pour 16 % des praticiens, au moyen d’un médicament interdit à cet usage sur le marché français : le misoprostol.

L’accouchement, depuis la mise en place des protocoles de « gestion active », a vu sa moyenne de durée divisée par 2 pour des raisons qui tiennent plus à l’organisation des services de maternité qu’à la sécurité et au bien-être des femmes et des bébés.

Enfin, l’accueil du nouveau-né est souvent perturbé par des protocoles médicaux qui mettent en péril l’établissement d’un sentiment de sécurité chez le bébé, les liens affectifs avec ses parents et l’allaitement au sein. En France, 10 % de mères sont diagnostiquées en dépression postnatale, alors que bien plus encore sont en difficulté et n’osent pas l’exprimer.

Cette omniprésence de la médicalisation est remise en cause par de nombreuses études scientifiques visant à évaluer les risques et bénéfices des interventions et protocoles de suivi médical. Ainsi, la Haute Autorité de Santé a mis en chantier des études sur les pratiques du déclenchement et de l’expression abdominale.

Pour les professionnels de santé respectueux de la physiologie, le facteur « temps » ne se décline plus exclusivement en termes d’urgence et de rentabilité. Les récentes découvertes sur le rôle des hormones naturelles (ocytocine, adrénaline, vasopressine…) et sur le psychisme du fœtus et du nouveau-né démontrent l’intérêt de (se) donner le temps d’accoucher et de « naître »…

L’exposé sera suivi d’un débat avec le public : parents, militants associatifs et professionnels de la périnatalité.

Bernard Bel
Ingénieur de recherche au CNRS, docteur en sciences
Membre fondateur de l’AFAR
Porte-parole du CIANE


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Dimanche 23 avril 2006 7 23 /04 /Avr /2006 11:50
- Par Claude Didierjean-Jouveau - Publié dans : interventions-fr
Intervention le 22 mai à Paris (voir programme)

C’est chaque jour que les animatrices de La Leche League reçoivent des appels de nouvelles mères, inquiètes de savoir si leur lait est suffisant en quantité ou en qualité, car leur bébé réclame « trop souvent », veut téter « trop longtemps » par rapport aux normes prônées par le personnel de la maternité, leur entourage ou les manuels de puériculture courants.

On est en effet tellement influencé par le modèle de l’alimentation artificielle (à tel âge, le bébé doit prendre tant de biberons de tant de grammes), qu’au lieu de remettre en cause ces normes, on préfère mettre en question la capacité des femmes à allaiter.

A la demande du bébé

Que dirions-nous si un restaurant affichant « buffet de crudités à volonté » nous interdisait de prendre plus de 30 g de carottes râpées et de mettre plus de 5 mn à manger tout le repas ? Nous crierions à l’arnaque et à la publicité mensongère !

Pourtant on ne s’étonne même pas de lire ou d’entendre des phrases du genre : « Allaitez à la demande, mais pas plus que toutes les trois heures », « allaitez à la demande, dix minutes de chaque sein » ! C’est-à-dire qu’on présuppose que la demande de tous les bébés, à tout âge, à tout moment de la journée, va être la même…

Confrontée à ce genre de questions, il m’arrive souvent de raconter la mésaventure arrivée à une équipe d’anthropologues partis étudier les méthodes de puériculture chez les Boschimans, dans le désert du Kalahari (sud de l’Afrique). Ayant voulu comptabiliser le nombre de « tétées » journalières, ils arrivèrent au chiffre de 90 ! Le bébé avait en fait accès au sein jour et nuit, et le prenait plusieurs fois par heure pour de très courtes périodes. On est loin des six ou sept tétées par 24 heures prônées par les manuels… De fait, le succès de l’allaitement, au moins pour les premières semaines, s’accommode très mal de tout le minutage qu’on veut lui imposer. Comme le disait une mère africaine en France : « Quand j’allaite, je n’ai pas d’heure. Je mens tout le temps à la PMI, pour chaque chose ils disent l’heure » (1). Et le meilleur conseil à donner à une nouvelle mère en matière d’allaitement serait peut-être bien de ranger au fond d’un placard tout ce qui ressemble à une montre, un réveil, ou une pendule… (2)

La composition du lait

Certaines femelles mammifères, telles les lionnes et plusieurs espèces de biches, laissent leurs petits dans des nids ou des terriers, et ne reviennent les voir que toutes les 6 à 12 heures. Elles font partie des espèces « à caches ». Leur lait est très riche en graisses et en protéines, et permet aux petits d’être rassasiés pour de longues périodes.

En comparaison, le lait de femme, moins « concentré » et moins riche en calories, suppose un écart entre les tétées variant entre 20 mn et 2 heures. Il se digère aussi très vite, notamment en raison de son faible taux de caséine. D’un point de vue anthropologique, cela suggère que l’espèce humaine a évolué sur des rythmes d’alimentation où les petits restaient en contact étroit avec leur mère, et pouvaient téter n’importe quand, de jour (portage dans un porte-bébé style hamac) comme de nuit (sommeil partagé) (3).

Ce que nous apprend la physiologie de la lactation

Mais si l’on pense que les premières semaines, une moyenne de 8 à 12 tétées par 24 heures (4) est tout à fait courante et assure un bon démarrage de l’allaitement, il ne faudrait pas pour autant en faire une nouvelle norme.

En effet, après avoir longtemps assimilé les seins à des biberons qu’il fallait « vider » puis « laisser se remplir » (en sautant une tétée par exemple), on a cru toutes ces dernières années que la fabrication du lait ne se faisait que pendant les tétées, à la demande du bébé et selon la qualité de sa succion, et était inhibée entre les tétées. Comme on disait, « les seins ne sont pas des réservoirs ».

Des études plus récentes, notamment celles de l’Australien Peter Hartman, montrent que les seins stockent bel et bien du lait (5) et que capacité de stockage et rapidité de fabrication du lait varient selon les femmes. Ce qui explique que certains bébés peuvent « profiter » avec quatre tétées par 24 heures (6), et implique que toutes les « règles » disant combien de tétées par jour, de quelle durée, un seul sein ou les deux, etc., sont au mieux inutiles, et souvent dangereuses : à chaque couple mère-enfant ses règles personnelles (car cela peut varier d’un enfant à l’autre chez une même mère : il y a les gros goulus et les petits grignoteurs !).

L’absence de « règle » vaut aussi pour la durée des tétées. On sait en effet que la composition du lait varie au cours de la tétée. Le « lait de fin de tétée », le plus gras et nourrissant, celui qui va rassasier le bébé et le faire grossir, ne vient pas après un temps déterminé, que ce soit 5 ou 30 minutes. Il vient lorsque le sein atteint un certain degré de « vidange » : moins il reste de lait dans le sein, plus le lait s’enrichit en graisse. Un bébé très peu efficace au sein n’arrivera jamais à « vider » suffisamment le sein pour obtenir le lait riche en graisse si on ne remédie pas au problème, même s’il tète une heure (7) ; au contraire, un bébé très efficace l’obtiendra au bout de 5 minutes s’il a suffisamment « vidé » le sein pendant ces quelques minutes. Donc là aussi, la seule règle est de suivre le bébé, de le laisser décider lui-même de la fin de la tétée : généralement, il va lâcher le sein ou s’endormir dessus quand il sera rassasié.

Pas que de la nourriture

On a parlé jusqu’ici uniquement de l’aspect nutritif de l’allaitement. Mais toutes les mères allaitantes savent qu’il est bien autre chose : allaiter, ce n’est pas seulement donner du lait, c’est aussi donner le sein. Et pour le bébé, outre le fait de combler sa faim, téter est aussi un plaisir qui comble tous ses sens : le goût, l’odorat, le toucher…

Chez nous, il est très mal vu qu’un bébé « tétouille pour le plaisir », on ne doit pas le laisser faire. Ailleurs, on reconnaît et on admet ce plaisir (partagé par la mère). Pour Babette Francis (collaboratrice au Journal of Tropical Pediatrics and Environmental Child Health), la femme n’a pas plus à compter le nombre de fois où elle allaite qu’elle ne compte le nombre de fois où elle embrasse son bébé.

Un bébé peut téter pour tant de raisons : s’apaiser, se rassurer, soulager des coliques, obtenir les anticorps nécessaires pour lutter contre une infection, empêcher une nouvelle grossesse trop rapprochée (on sait que des tétées fréquentes prolongent l’aménorrhée lactationnelle). Et bien sûr, s’endormir.

Dans la plupart des cultures, on accompagne le bébé dans le sommeil, par des bercements, des berceuses et très souvent en le laissant s’endormir au sein. En Algérie par exemple, « pour procéder à l’endormissement, la mère s’isole, le plus souvent, avec son bébé dans un endroit calme (…) C’est un moment privilégié d’échanges entre la mère et le bébé : celui-ci triture le sein, tend sa main vers la mère qui la saisit et l’embrasse, elle le caresse, le regarde. Le bébé, maintenu et contenu par le corps de la mère, bénéficie de stimulations riches et variées. Elle l’accompagne de sa présence rassurante et chaleureuse, elle ne retire le sein que s’il est profondément endormi et ne le réclame plus (…) Il faut laisser à l’enfant le sein même s’il ne tète plus, il a besoin de la nefs de sa mère. Ce terme signifie à la fois l’âme, l’odeur, l’haleine, la chaleur. Elle le protège et le nourrit autant que le lait. Elle répond à un besoin de tendresse et de sécurité. Cette notion de nefs est assimilable à la notion d’enveloppe psychique qui procure au jeune enfant un sentiment de sécurité indispensable à sa stabilité émotionnelle » (8).

J’aime cette notion de nefs où le corps de la mère, à travers l’allaitement, sert de médiateur rassurant entre le bébé et l’extérieur : les premières semaines, être au sein est pour le bébé sa façon d’être au monde et d’entrer en relation avec lui.

Quand il va grandir, si l’allaitement se poursuit, le « à la demande » va bien sûr évoluer, car la demande ne sera plus toujours de l’ordre du besoin, comme chez le nourrisson, mais de plus en plus de l’ordre du désir. Mais c’est encore une autre histoire… (9)

Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau
Animatrice LLL
Rédactrice en chef de Allaiter aujourd’hui
et auteur de plusieurs ouvrages sur l’allaitement maternel


Références

(1) Jacqueline Rabain-Jamin et Wendy L. Wornham, “Transformations des conduites de maternage et des pratiques de soin chez les femmes migrantes originaires d’Afrique de l’Ouest”, Psychiatrie de l’enfant, XXXIII, 1, 1990, pp. 287-319.
(2) Voir l’étude de Ann V. Millard sur la place disproportionnée que prend l’horloge comme principal cadre de référence dans la plupart des manuels de pédiatrie, au point de créer un enrégimentement digne du travail en usine : “The place of clock in pediatric advice : rationale, cultural themes and impediments to breastfeeding”, Social Science and Medicine, 1990, vol. 31 (2) 211-221.
(3) Voir par exemple les travaux de l’anthropologue américaine Katherine Dettwyler (Université du Texas), “Frequency of nursing in other species”, consultables sur son site : http://prairienet.org/laleche/dettwyler.html
(4) C’est d’ailleurs ce que préconisaient les manuels de puériculture du début du 20e siècle....
(5) Pour plus de détails sur ces recherches, voir “La sécrétion lactée : production et contrôle”, Les Dossiers de l’allaitement n° 29, 1996, pp. 10-15 ; et l’intervention de Hartman à la 4° Journée internationale de l’allaitement (17 mars 2000) dans le hors-série des Dossiers de l’allaitement.
(6) Attention : certains bébés qui ne « réclament » que très peu de tétées et passent leur temps à dormir, peuvent être en danger (prise de poids notoirement insuffisante, risque de déshydratation). Un bon moyen de s’assurer que le bébé boit suffisamment est de surveiller ses urines et ses selles (4 à 5 changes complets mouillés et 3 à 4 selles jaunes et granuleuses par 24 h, les premières semaines). Si ce n’est pas le cas, il faudra revoir la technique d’allaitement, et passer pendant un temps d’un allaitement à la demande du bébé à un allaitement à la demande de la mère.
(7) Face à un bébé qui « est toute la journée au sein », ne semble jamais rassasié, ne grossit pas correctement, il ne suffit pas de dire qu’il a sans doute un fort besoin de succion et qu’il est normal de téter souvent. Il faut revoir soigneusement toute la technique d’allaitement pour trouver où est le problème et y remédier.
(8) Zohour Bouabdallah, “Le sein pour apaiser et endormir. Techniques d’apaisement et d’endormissement des jeunes enfants en Algérie”, in Les rituels du coucher chez l’enfant. Variations culturelles, sous la direction d’Hélène Stork, ESF éditeur, 1993.
(9) Voir Allaiter aujourd’hui n° 37, “Oui, je tète encore !”

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Samedi 22 avril 2006 6 22 /04 /Avr /2006 15:36
- Par Bernard Bel - Publié dans : interventions-fr
Intervention le 18 mai à Paris (voir programme)

Le proto-regard

Extrait de « Psychanalyse de la naissance » (Jean-Marie Delassus). Paris : Dunod, 2005, p. 117

Les premiers cris marquent la fin de l’accouchement et expriment l’éprouvé douloureux de la différence natale. Le premier regard — après un court moment de silence — indique le début effectif mais encore passif de la naissance psychique.

Ces données sont encore mal distinguées et l’habitude d’attendre le cri comme signe de naissance et de vitalité a empêché que l’on se rende compte de la réalité et de l’importance de ce qu’il faut appeler le proto-regard, terme qui conviendrait pour le distinguer des levers des yeux ultérieurs et lui attribuer un sens et une fonction spécifiques.

Antécédents du regard

Quand l’enfant vient au monde, il est depuis longtemps un habitué du regard. C’est un très ancien regard qui correspond au développement de la vision intérieure. Naissant au-dedans, ayant une nativité antérieure, le fœtus s’est mis peu à peu à voir, et d’emblée il s’est ouvert à l’invisible. Invisible pour nous, visible pour lui sous la forme d’aucune forme, mais qui était la totalité elle-même. Le regard a commencé avec la perception de la totalité, dans la lumineuse obscurité prénatale.

Si le nouveau-né ouvre maintenant les yeux, c’est parce qu’il s’attend à voir encore et à voir la même chose, à retrouver la permanence de la vision intérieure. Mais elle vient d’être perturbée, si ce n’est brutalement interrompue. Il s’est produit comme une panne de vision au moment de l’entrée dans le monde. Ouvrir les yeux, à ce moment-là, n’est pas percevoir ce qu’il y a devant ou autour de soi, mais seulement réagir au fait que la lumière et l’horizon de la totalité ne sont plus visibles. Le nouveau-né est d’ailleurs ébloui par la lumière extérieure qui n’est plus sa lumière, la luminosité inhérente à l’étendue intérieure.

Auparavant, l’extérieur et l’intérieur ne faisaient qu’un ; tout d’un coup, ils se différencient. La naissance, au sens courant du terme, débute à ce moment-là, quand l’œil, par un début de retournement natal qu’il subit, est poussé à chercher hors de soi ce qu’il trouvait en lui.

Par la suite, beaucoup de choses vont se produire au niveau du regard qui évolue en regard d’objet, sans perdre toutefois sa capacité à revenir parfois abruptement à un état de vision. Pour le moment, à l’instant de la naissance physique, bien longtemps après la nativité, l’œil ne s’ouvre que dans la stupéfaction provoquée par la suspension de sa vision intérieure dont il attend la reprise immédiate. C’est le moment inaugural du proto-regard.


Extraits de débats à l’Assemblée nationale — Mission d’information sur la famille et les droits des enfants

Table ronde ouverte à la presse sur la prévention et la détection de l’enfance en danger, séance du 4 mai 2005 (voir source)

Jean-Marie Delassus : Les problèmes évoqués prennent à la gorge, si bien que l’on risque de voir émerger le « syndrome du delta » et, avec lui, la demande de multiplication de moyens, lesquels ne résoudront pas tout, tant s’en faut, étant donné l’évolution des mœurs et de la parentalité. Celle-ci n’est pas un lien inné ; c’est un affect qui ne s’impose pas d’emblée à tous, mais qui, lorsqu’il est ressenti, garantit que les enfants seront aimés par leurs parents. La maltraitance étant une maladie de la parentalité, il faut agir pour que s’instaure une parentalité humaine et valable. Cela suppose d’accorder toute son importance au proto-regard du nouveau-né, ce regard particulier, d’une très grande force, qui passe en général inaperçu parce qu’il peut être très vite empêché par une « mise en peau à peau » immédiate ou par une prise en charge néonatale. Ce regard, qui doit être distingué du « lever des yeux » ultérieur, est d’une telle intensité qu’il bouleverse profondément celle ou celui qui le reçoit ; ignoré, voire inconnu de la clinique obstétricale, il a pourtant un effet « parentalisant ». Le personnel des maternités doit être formé à l’importance du proto-regard, et laisser le temps nécessaire à l’établissement de ce lien « yeux à yeux », car l’expérience montre que, pour une bonne part, les mères en difficulté n’ont pas vécu ce moment et se sentent dépossédées d’un moment crucial de la naissance. […]

Table ronde ouverte à la presse sur l’accès de l’enfant à ses origines personnelles, séance du 16 novembre 2005 (voir source)

Pierre Verdier : […] comme l’a bien montré le docteur Delassus, le sentiment maternel se construit, il ne se présume pas, et la négation de la mère dans l’accouchement sous X empêche cette construction.


Autres sources


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Samedi 22 avril 2006 6 22 /04 /Avr /2006 13:09
- Par Max Ploquin - Publié dans : interventions-fr
Intervention le 18 mai à Paris (voir programme)

Je vais présenter deux courts films de naissance, simplement pour montrer que tout est possible pour une maman qui donne la vie à son enfant : elle a en elle-même toute la possibilité de le faire naître, si on lui en laisse le temps et le loisir, non seulement sereinement et sans douleur — sans l’artifice de la péridurale — et dans une approche affective intense, mais aussi dans la joie, y trouvant parfois un plaisir extrême ; le plaisir, la jouissance, n’ayant pas seulement été un interdit d’une certaine morale dans les rapports sexuels des femmes, mais, à un niveau bien supérieur, lors de l’accouchement.

Les mamans, donc, peuvent trouver du plaisir, de la jouissance à faire naître leur enfant ! Nous sommes alors dans un autre monde que celui de l’obstétrique hypersophistiquée techniquement, où la mère est un sujet passif et soumis : usines à bébés ou supermarchés de la naissance.

Or ce monde est tout près de nous, c’est celui des « usagers », des mamans qui comprennent que la naissance n’appartient pas au système médical — sauf dans les cas relativement rares de pathologie ou de dystocie… (Allez, soyons bons princes, disons entre 4 et 7 % des cas.) Ces femmes qui veulent « récupérer ce qu’on leur a volé » : le plaisir de mettre elles-mêmes leur enfant au monde avec la complicité de leur compagnon, des accompagnatrices de la naissance, de sages-femmes respectueuses de leurs choix et de la physiologie de l’accouchement.

Max Ploquin
Fondateur de la Clinique Montaigne de Châteauroux
Vice-président de la Sociéte française d’histoire de la naissance
Président de l‘association « Histoire et avenir de la naissance »
et de l’association « Quelle naissance ? Les rencontres de Châteauroux »


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Vendredi 21 avril 2006 5 21 /04 /Avr /2006 22:53
- Par Charlotte Fajardo - Publié dans : interventions-fr
Intervention le 22 mai à Paris (voir programme)

En tant que doulas nous prenons le temps, lors de nombreux et longs entretiens avant et après la naissance, d’écouter, d’échanger, avec les femmes et les hommes que nous accompagnons. Nous sommes là si les parents le désirent au moment de l’accouchement, attentives au temps passé, aux rythmes de chacun. Il est toujours frappant de constater à quel point les parents en devenir ont besoin de leur temps pour se préparer, changer les croyances qu’ils ont autour de la naissance, mettre à jour les histoires parfois difficiles de leur passé. Comme ces temps sont différents pour les femmes et les hommes.

Comme il faut du temps, beaucoup de temps d’écoute pour que surgisse des paroles qui libèrent, des questions cachées, des doutes et des désirs difficiles à exprimer.

Lors de l’accouchement le temps de la mere est unique ; les temps de chacun s’entrecroisent, dansent ensemble, se heurtent parfois. Le temps de l’enfant est venu, mais est-ce le temps de sa mère, de son père ? Est-ce le temps de l’équipe qui a son timing aussi ?

Être à l’écoute de ces temps, donner le temps, aider à l’harmonisation des rythmes, tel peut être aussi le role des doulas dans l’accompagnement à la maternité.

Charlotte Fajardo


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Vendredi 21 avril 2006 5 21 /04 /Avr /2006 19:48
- Par Cécile Loup - Publié dans : interventions-fr
Intervention le 22 mai à Paris (voir programme)

Le taux des accouchements déclenchés artificiellement a doublé entre 1981 et 2003. Il atteint actuellement 20 %, soit 160 000 naissances par an. La grande majorité de ces déclenchements n’est pas justifiée par une pathologie dangereuse pour la mère ou l’enfant. Parmi les drogues utilisées pour forcer les corps à accoucher-naître, un nouveau venu, le misoprostol, a le vent en poupe. Le misoprostol est une prostaglandine synthétique de type E1. Elle est utilisée en France pour les IVG, les IMG et le déclenchement des accouchements à terme, que le col soit favorable ou non. Elle est plus connue sous le nom de Cytotec™, un médicament destiné à traiter les ulcères.

Le misoprostol n’a pas d’autorisation de mise sur le marché pour les IMG, ni pour le déclenchement à terme. Bref, l’utilisation du mispoprostol en obstétrique est illégale. Et pourtant... Au moins 16% des praticiens français l’utilisent. Un débat pour ou contre son utilisation vient même de paraître dans le journal Gynécologie Obstétrique & Fertilité (2006, numéro 34, p.154-165) dans lequel on apprend que le CHU de Strasbourg fabrique ses propres gélules à partir de cytotec. La France est un état de droit, mais les usagers sont des cons, et les médecins sont au-dessus des lois, bien entendu.

Depuis 1995, quelques dizaines d’articles de revue sur le déclenchement de l’accouchement avec du misoprostol ont paru, synthèses de plus de 200 essais cliniques internationaux divers et variés. Les usagers qui supposeraient que les premiers essais ont d’abord été réalisés sur des animaux, et que des principes de précaution rigoureux quant aux dosages ont été appliqués, seraient d’une naïveté désarmante. Les premiers essais ont été réalisés sur des cobayes humains, avec... les comprimés de cytotec commercialisés, tout bêtement, soit au moins quatre à huit fois la dose considérée comme peu dangereuse à l’heure actuelle, dose la plus faible utilisée dans tous les essais ! Le plus grand danger du cytotec est l’hyperstimulation utérine - grande souffrance pour la mère et l’enfant. Certains ont même tenté le cytotec sur des femmes ayant un utérus cicatriciel ... dont le principal résultat est la publication de rapports de ruptures utérines.

Tout ce gâchis pour quoi ? Pour rien. Le misoprostol est une drogue efficace, certes, mais pas plus que ce qui existe actuellement si utilisée à des doses raisonnables, et surtout, potentiellement plus dangereuse. Ce n’est pas d’une autre drogue dont les familles ont besoin, mais qu’on les laisse accoucher-naître en paix, en temps et en heure, quand les corps et les esprits sont prêts, sans déclencher à tour de bras.

Un cheval emballé à tête de taupe poursuit sa course aveugle en fouettant l’air de sa queue de dragon. La chimère du misoprostol abritait un fantasme, la promesse d’un monde meilleur, dans lequel tous les accouchements seraient programmés et dureraient au maximum 8 heures top chrono. C’est à nous, parents, de rendre sa tête et sa queue à ce cheval fou. C’est à nous de dire « non » à ceux des obstétriciens qui ont perdu le sens de la vie.

Cécile Loup

—> Bibliographie sur le misoprostol


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